Semaine des entraîneures : une conversation avec Janine Stephens
(L’entrevue suivante a été réalisée en anglais et traduite en français.)
C’EST LA SEMAINE NATIONALE DES ENTRAÎNEURES AU CANADA, ALORS NOUS NOUS SOMMES ASSIS AVEC JANINE STEPHENS, ENTRAÎNEURE-CHEF DE L’ASSOCIATION D’AVIRON DU MANITOBA, POUR DISCUTER UN PEU DE SON PARCOURS D’ENTRAÎNEURE.
POUVEZ-VOUS COMMENCER PAR LA VERSION RÉSUMÉE DE VOTRE PARCOURS EN AVIRON?
Janine : J’ai commencé l’aviron à 17 ans, je suis partie à l’Université du Michigan, j’ai participé à deux Jeux olympiques et j’ai terminé en 2012 avec une médaille d’argent au huit féminin. Ensuite, j’ai commencé à entraîner à temps plein en 2017.
VOUS ÊTES ALLÉE AUX JEUX OLYMPIQUES DEUX FOIS. SI VOUS DEVIEZ RÉSUMER CHAQUE EXPÉRIENCE EN UN MOT, QUE DIRIEZ-VOUS?
Janine : Beijing [2008], motivante. Londres [2012], réussie.
NOUS SOMMES CERTAINS QUE VOUS AVEZ TIRÉ DES LEÇONS DE CHACUN DE CES JEUX QUE VOUS UTILISEZ ENCORE EN ENTRAÎNEMENT. QUELLE LEÇON DE CHAQUE EXPÉRIENCE OLYMPIQUE PARTAGEZ-VOUS LE PLUS SOUVENT AVEC VOS ATHLÈTES?
Janine : La leçon de Beijing, c’est de rester motivée malgré la déception. C’est pour ça que c’était motivant, parce que nous n’avons pas obtenu le résultat souhaité. Ça nous a donné un aperçu des Jeux olympiques et l’envie de pousser encore plus fort, puis de revenir sans terminer sur une régate dont nous n’étions pas particulièrement fières.
La leçon de Londres, c’est que le succès demande énormément de travail. Pas seulement quand on est au hangar à bateaux, mais dans chaque aspect de la journée. Par exemple, j’ai engagé une femme de ménage pendant six mois. C’était mon cadeau d’anniversaire : une fois par mois, quelqu’un venait nettoyer mes toilettes, ma salle de bain et ma cuisine. Chaque repas était planifié pour tirer le meilleur de moi-même à chaque entraînement. Tout ce que je faisais visait à m’améliorer constamment. Ce n’est pas seulement donner de bons coups d’aviron à l’entraînement, c’est vraiment vivre cela dans tout ce qu’on fait.
AU SOMMET DE VOTRE CARRIÈRE D’ATHLÈTE, SAVIEZ-VOUS QUE VOUS VOULIEZ DEVENIR ENTRAÎNEURE ENSUITE?
Janine : Absolument pas. Tout le monde me le demandait et je répondais : « Pas du tout! Je ne sais pas comment entraîner! »
COMMENT ÊTES-VOUS RENDUE ICI?
Janine : Je pense que c’est quand j’ai eu quelques occasions de faire de l’entraînement. Quelqu’un m’avait demandé de venir observer et aider. Ce qui m’a accrochée, c’était l’enthousiasme que je ressentais en voyant les gens faire des changements ou gagner de la vitesse après avoir travaillé avec eux. C’est mon mari qui m’écoutait parler sans arrêt un jour et qui m’a dit : « Ça t’apporte beaucoup de joie. Je pense que tu devrais poursuivre ça. » Ce n’est donc pas nécessairement moi qui l’avais remarqué, mais lui voyait clairement que cela faisait ressortir quelque chose que j’aimais profondément. Alors il m’a dit d’y aller.
QUEL EST L’ASPECT LE PLUS GRATIFIANT DU MÉTIER D’ENTRAÎNEURE?
Janine : Voir le développement des athlètes. Parfois, les entraîneures voient le potentiel avant les athlètes elles-mêmes. Pouvoir faire naître cette confiance chez elles, puis voir le succès qui en découle, autant en aviron que dans leur vie, c’est très gratifiant.
COMME ENTRAÎNEURE, VOUS ADOPTEZ UNE APPROCHE GLOBALE, EN CONSIDÉRANT LA VIE COMPLÈTE DE L’ATHLÈTE ET PAS SEULEMENT SA PERFORMANCE EN AVIRON. POUVEZ-VOUS EN PARLER?
Janine : Comme athlète, c’est l’ensemble de la journée qui mène au succès. Il faut reconnaître que les athlètes vivent beaucoup plus de choses que ce qu’on voit dans leurs coups d’aviron, et en tenir compte.
Je leur demande de remplir un formulaire de suivi chaque matin. Certaines le font mieux que d’autres, mais l’idée est qu’elles partagent ce qu’elles vivent. Je prends aussi des nouvelles en discutant avec elles. J’essaie de voir si quelque chose va très bien, afin de comprendre ce qui aide, ou si quelque chose va moins bien, si elles dorment à travers leur alarme ou vivent une période plus difficile, pour comprendre ce qui se passe ailleurs dans leur vie. Si c’est la période des examens, par exemple. On espère que ce n’est pas une blessure, mais idéalement on le saura avant que cela empire.
Je pense qu’on ne peut tirer le meilleur de quelqu’un que lorsque tout dans sa vie est soutenu et qu’elle est placée dans une position favorable pour réussir dans tous les domaines. Alors nous essayons d’aider à cela.
L’autre aspect, c’est que l’aviron fait généralement partie de la vie d’une personne. Ce n’est pas toute sa vie, dans la majorité des cas. Il faut reconnaître que c’est un aspect de qui elle est et de ce qu’elle fait. Si elle dort à travers son alarme un matin, c’est probablement parce qu’elle est fatiguée, et ce jour-là, le sommeil est peut-être plus important. Alors je ne me fâche pas trop pour ce genre de choses.
POURQUOI AIMEZ-VOUS L’AVIRON? POURQUOI QUELQU’UN DEVRAIT-IL S’Y METTRE?
Janine : J’étais joueuse de basketball. C’était ma grande passion. J’ai 40 ans et je joue encore au basketball. C’est amusant! Mais pour moi, l’aviron était quelque chose de totalement différent. J’adorais l’esprit d’équipe lorsqu’on est dans un bateau avec d’autres personnes. Ce qui me stimulait vraiment, c’était d’aller chercher le meilleur des autres par les mots et la motivation, d’essayer de faire ressortir cela chez mes coéquipières. Aller chercher le meilleur de moi-même, mais aussi d’elles, c’était passionnant.
En aviron, chaque coup est différent. Un coup peut être déséquilibré, le suivant un peu meilleur. Il y a toujours quelque chose à travailler. Ce n’est jamais parfait. Il y avait donc toujours moyen de progresser. Et plus on met de travail et de coups d’aviron, plus on en voit les résultats. Il y a cette croissance personnelle, découvrir ce qui est possible pour soi, autant sur l’ergomètre avec un écran et un chiffre juste devant soi que sur l’eau. Puis il y a aussi l’aspect équipe lorsqu’on rame avec différentes personnes. Il y avait toujours quelque chose de plus à accomplir.
QUEL CONSEIL DONNERIEZ-VOUS À UNE ATHLÈTE QUI ENVISAGE UNE TRANSITION VERS L’ENTRAÎNEMENT DE HAUTE PERFORMANCE APRÈS SA CARRIÈRE COMPÉTITIVE?
Janine : Fais-le! On a besoin de toi! Les expériences vécues par les personnes qui sont passées par les programmes de haute performance, ainsi que leurs connaissances et leur expérience à transmettre aux athlètes, sont extrêmement précieuses. J’étais nerveuse parce que je n’avais pas beaucoup regardé l’aviron, j’en avais surtout fait. Donc je n’étais pas certaine. Durant ma première année, j’ai utilisé beaucoup de vidéos au ralenti et je me suis beaucoup appuyée sur mon vécu. Maintenant, je peux regarder n’importe quel bateau à n’importe quelle cadence. On développe cette compétence en la pratiquant, comme n’importe quoi d’autre. J’hésitais beaucoup parce que je pensais ne pas savoir ce que je faisais, mais grâce à mon expérience vécue, j’ai réussi à improviser un peu, et maintenant j’ai beaucoup plus confiance.
Je pense qu’on devrait encourager davantage de personnes à se lancer, et commencer certaines formations d’entraînement plus tôt. Même si vous n’en avez jamais besoin, ce n’est pas grave. Mais si un jour vous en avez besoin, vous les aurez déjà faites. La Semaine nationale des entraîneures offre des programmes gratuits. Voilà votre chance. J’essaie habituellement d’en suivre un chaque année. C’est gratuit. Je le fais chaque mois de septembre. Toujours apprendre et grandir!
QUEL EST LE MEILLEUR CONSEIL QU’ON VOUS AIT DONNÉ?
Janine : La citation écrite au bout du club d’aviron dit : « Faites en sorte que chaque coup compte. » Dans le même esprit, quelqu’un m’a transmis cette idée : « Que puis-je faire maintenant pour rendre cela excellent? » Si vous avez une bonne séance, que pouvez-vous faire pour l’améliorer un peu? Si vous avez une mauvaise séance, que pouvez-vous faire pour l’améliorer un peu? C’est cette idée que vous gardez toujours du contrôle et qu’il y a toujours quelque chose que vous pouvez faire pour améliorer la situation ou la rendre excellente. Concentrez-vous. Soyez présente. Un coup à la fois.
Merci, Coach!
Si vous souhaitez suivre le parcours d’entraîneure de Janine, vous pouvez la suivre sur Instagram : @rowcoachmb
Pour plus d’information sur les ressources en entraînement et les formations gratuites mentionnées par Janine, visitez : https://coach.ca/fr/programmes-et-projets/evenements-et-prix/semaine-nationale-des-entraineurs

QUEL EST L’ASPECT LE PLUS GRATIFIANT DU MÉTIER D’ENTRAÎNEURE?
