Jeff Powell

mercredi, juin, 29th, 2016

Nous sommes les premiers à admettre que l’aviron n’est pas le sport le plus regardé à la télévision. Pour la plupart des Canadiens, leur unique contact avec ce sport a lieu une fois toutes les quatre ans, lorsque le Canada capture quelques médailles aux Jeux olympiques. Cela signifie que les Canadiens se forgent une image précise des rameurs canadiens – et cette image n’est pas tout à fait exacte.

La plupart des pays peignent leurs rames selon leurs couleurs nationales, et copient souvent le style de leur drapeau national. Aux Jeux olympiques et aux championnats du monde, les rameurs canadiens font la même chose : on peut voir la feuille d’érable apparaître fièrement sur un fond blanc, entourée de bandes rouges.

Par contre, les Canadiens ne savent pas que la feuille d’érable est immédiatement enlevée après les régates pour ne plus apparaitre jusqu’à ce que – ou à moins que – l’athlète revienne aux Championnats du monde l’année suivante. Les athlètes s’entrainent et compétitionnent pendant les 51 autres semaines de l’année avec des rames entièrement blanches.

Le moment le plus puissant de l’année pour les rameurs canadiens a lieu pendant la très courte et très informelle rencontre où on leur remet les écussons de feuille d’érable qui seront apposés aux rames.

Il serait exagéré de l’appeler une cérémonie, mais il serait impossible d’exagérer en disant qu’il s’agit d’un moment très signifiant et puissant pour les athlètes. J’ai vu les athlètes les plus forts, les plus gros et les plus costauds prendre la feuille d’érable dans leurs bras comme s’il s’agissait d’un nouveau-né. Représenter tout le dur labeur d’un athlète par un écusson qui vaut cinq cents peut être renversant. Le mariage du sentiment de fierté envers ce qu’on a accompli et du sentiment d’humilité lié au fait qu’on est associé à un symbole aussi important réduisent la plupart au silence.

Je sais que ce que nous faisons est un passe-temps, un détachement des problèmes beaucoup plus urgents, et qu’il a peu de rapport avec ceux qui ont porté la feuille d’érable dans des circonstances beaucoup plus difficiles et envers qui nous sommes extrêmement redevables.

Mais pour certains d’entre nous, c’est la chose sur laquelle reposent nos habiletés. C’est la meilleure façon de contribuer à ce pays et à sa culture.

Si un Canadien ou une Canadienne quelque part se tient un peu plus droit ou droite – et c’est toujours ce que je souhaite – en chantant l’hymne national un peu plus fort parce qu’il ou elle est particulièrement fier ou fière d’un athlète canadien, alors nous avons apporté notre contribution. Et tout le sens que nous attachons à ce petit écusson vaut la sueur, le sang et la douleur de l’athlète qui l’a mérité.